« Hit parade », une première mondiale « made in France »

Evénementiel, Univers // jeudi, 05 janvier 2017 // Rédigé par Stéphan Faudeux

«Hit Parade» est une révolution technologique, une première mondiale et une expérience complètement nouvelle pour les spectateurs. Autour de musiciens, de chanteurs et de comédiens, les stars éternelles Claude François, Dalida, Mike Brant et Sacha Distel reviendront sur scène chanter leurs plus grands tubes, et transporteront le public en 1975 pour participer à l’enregistrement d’une émission de télévision en direct.*

 

« Hit Parade » est une comédie musicale qui associe des chanteurs, recréés en hologrammes, avec de véritables danseurs, des musiciens. Si dans le passé plusieurs spectacles ont utilisé des hologrammes de stars dans des shows, il s’agissait de séquences de quelques minutes ; dans le cas présent les hologrammes sont présents durant les deux tiers du spectacle. Une complexité extrême pour synchroniser les différents éléments, un pari fou de producteur, qui a pris vie grâce aux talents de techniciens et de sociétés françaises. De la technologie pour en mettre plein les yeux et les oreilles du public qui va vibrer et chanter sur les 14 tubes de légendes de la comédie musicale et passer une soirée inoubliable.

 

Le dispositif technique

La comédie musicale retrace les répétitions d’une émission de variétés des années 70, une époque où les stars étaient Dalida, Claude François, Mike Brant et Sacha Distel. Ces vedettes mythiques sont les personnages centraux de la comédie musicale. Pour créer cette illusion, des hologrammes leur redonnent vie. Des acteurs ont joué les rôles de ces chanteurs, filmés sur fond noir et leurs visages ont été recréés en images de synthèse. Le tournage des séquences hologramme a nécessité deux semaines de tournage sur fond noir, et une autre semaine a servi pour des éléments additionnels tournés sur fond vert.

Durant la comédie musicale, le dispositif technique se compose d’un écran Led de fond de scène de 15 mètres de base et 7 mètres de haut et d’écrans verticaux de part et d’autre de la scène. Ces écrans servent de décor. Un tulle noir est placé en avant-scène ; il fait 15 mètres de long sur 3,5 mètres de haut. Les hologrammes sont projetés directement sur le tulle à l’échelle 1. L’idée est de faire croire que le public assiste à un show avec les véritables stars. Le tulle noir est invisible à l’œil et il y a une passerelle au-dessus des hologrammes, et devant le mur de Led du fond de scène. Des danseurs et acteurs passeront devant les hologrammes pour renforcer l’illusion.

Tout est très interactif, il peut y avoir des acteurs qui sortent des écrans et se retrouvent sur scène avec les vrais danseurs et inversement des danseurs peuvent disparaître de scène et réapparaître dans les écrans.

La projection se fait à 45° directement sur le tulle, ce qui est beaucoup plus simple que les technologies précédentes qui nécessitaient un miroir ou une surface réfléchissante pour renvoyer l’image vers un tulle. La seule contrainte est de ne faire passer personne derrière les hologrammes car ces derniers sont transparents et cela se verrait.

Pour restituer l’image finale de 15 mètres de base, après de nombreux essais le choix s’est porté sur une captation avec trois caméras afin d’avoir une définition suffisante pour travailler sur les hologrammes et compenser aussi la perte de définition et de luminosité due au tulle. L’emploi d’une seule caméra aurait été plus simple, mais la définition n’était pas suffisante. Les trois caméras se recouvrent et permettent d’obtenir une meilleure définition.

Les caméras utilisées étaient trois caméras Sony F65 8K avec un tournage en 50P, « ce qui fait un volume de données phénoménal puisqu’on avait entre 4 et 6 To de données par jour. Il a fallu trouver trois caméras F65 et trois optiques identiques pour obtenir de parfaits raccords », souligne Pierre-Antoine Coutant, producteur de la société Il Était Une Fois Productions, en charge de la partie tournage du spectacle.

« Il a fallu utiliser beaucoup de lumière pour ouvrir au maximum le diaphragme afin d’avoir une très grande profondeur de champ. Le tournage à 50 images a demandé également encore plus de lumière. Nous avons choisi des optiques Leica Semilux 50 mm, la meilleure solution pour ne pas avoir de déformation », précise le directeur de la photographie Jonny Semeco.

Tout au long du projet, il a fallu parfois faire des compromis techniques ; Mac Guff ne voulait pas forcément les trois caméras, car cela engendrait des déformations et du stitch, mais elles étaient nécessaires pour la résolution et le réalisme.

Cette aventure, unique en soi, a été le laboratoire de nombreuses expérimentations. « Nous défrichions un terrain vierge. Il a fallu inventer et marcher pas après pas. Nous devions, sur le tournage, gérer une volumétrie énorme et la question se posait de savoir comment récupérer les données, quels systèmes imaginer pour les navettes entre le tournage et la postproduction », insiste Pierre-Antoine Coutant.

Les caméras enregistraient sur des cartes SR Master autorisant 14 minutes par carte – les cartes ont une capacité de 512 Go. Le back-up nécessitait quatre fois le temps tourné, donc pratiquement une heure par carte. La société HD Systems qui avait mis en place le laboratoire numérique avait développé un système pour décharger deux cartes en même temps.

Il y avait deux tours de stockage Raid, une qui restait sur le lieu du tournage et une qui faisait la navette avec le laboratoire. Le labo faisait deux sauvegardes et une fois cela fait, il était possible d’effacer les rushes sur la tour de stockage Raid présente sur le tournage. Les images étaient exportées sous forme de fichiers DPX, puis envoyées chez Mac Guff. La production récupérait également des fichiers DnX pour faire le montage offline sur Avid. La conformation sera faite une fois les images finalisées chez Mac Guff, fin décembre.

 

Mac Guff, la machine à rêve

Mac Guff est intervenu assez tard sur le projet, vers le mois de février. La société a apporté ses conseils lors du tournage. La Mocap a été réalisée par Mimic Productions (société berlinoise) en deux étapes. Dans un premier temps, il y a eu un tournage sur fond noir, vingt-deux caméras de Mocap (PFTrack de Pixel Farm), et quatre caméras de Witness ont été utilisées. Une deuxième passe a été faite sur les visages des acteurs principaux pour une captation et analyse des mouvements de bouche pour les animations faciales du projet. La comédie musicale, et nous ne le soulignerons jamais assez, est une première mondiale ; jamais autant de « doubles numériques » diffusés sous forme d’hologrammes n’ont été produits sur un spectacle musical, et dans des délais aussi courts.

Les modélisations des têtes des quatre vedettes ont été faites en mars, une étape importante réalisée avec l’accord des ayants droit des différents chanteurs. Ils ont donné leur validation permettant d’avancer ensuite sur le tournage. Une fois celui-ci effectué et le montage finalisé, les équipes de Mac Guff ont commencé à travailler sur le compositing et l’animation.

« Le travail est colossal ; nous sommes dans un prototype industriel et il faut tout inventer au fur et à mesure. Il faut par exemple détourer tous les acteurs virtuels et les mettre sur un fond noir à 100 % pour que la projection sur tulle soit parfaite. Rien n’existe par exemple pour lire les fichiers. Nous avons dû mettre en place un pipe-line de A à Z. Nous sommes habitués à manipuler des volumétries énormes, mais dans le cas présent cela dépasse tout ce qui a pu être fait en France ou à l’étranger », souligne Thierry Onillon, chef de projet chez Mac Guff.

« Avant même de parler d’hologramme, nous devons créer en images de synthèse hyperréalistes les visages des artistes. Il faut en rendre le grain de peau et l’élasticité, mais aussi les animer : le moindre plissement d’œil, le plus petit rictus doivent être fidèles. Pour cela, nous avons étudié sous toutes les coutures des milliers de photos, des centaines d’heures de films de cinéma et d’archives de télévision. Pour que l’animation faciale soit parfaitement juste, nous décomposons chaque expression en centaines de positions clés. Nous avons ainsi modélisé chaque artiste comme une sculpture que l’on peut observer depuis n’importe quel axe », poursuit Rodolphe Chabrier, président de Mac Guff

En termes de déploiement technique, Mac Guff a mis en place un réseau fibre, des disques SSD en local pour gagner en rapidité. La création s’est faite sur Maya, le compositing sur Nuke. Le travail se fait zone par zone sur l’image, il était impossible pour des raisons de taille de fichiers de travailler sur la totalité de l’image. Ce sont au total plus de 50 graphistes qui ont travaillé sur le projet. Les premières images, livrées mi-novembre, vont servir à la répétition du spectacle, les images définitives étant livrées fin décembre. Il aura donc fallu quatre mois pour produire environ 60 minutes d’images de « doubles digitaux », un record absolu.

Les images finales sont étalonnées sur tulle par le laboratoire HD Systems, celui ci redonne un fichier 8K dans un format spécifique particulier à la projection le HAPQ. Le fichier sera découpé en trois fichiers qui seront lus sur trois serveurs servant à la projection de l’image géante. La projection est gérée par la société Alabama qui utilisera des prototypes Panasonic.

« Ce projet est hors-norme, nous avons l’habitude de la production de contenus originaux, que ce soit pour des effets spéciaux ou de la réalité virtuelle. La difficulté est de visualiser les contenus ; nous n’avons jamais atteint de telles résolutions. Heureusement, nous avons des fermes de calcul puissantes, sans cela nous n’aurions pas pu prendre en charge ce projet. Il y a une part d’inconnu, mais notre rôle est de prendre des risques et de repousser sans cesse les limites de la technologie », insiste Rodolphe Chabrier.

Ce projet cumule de nombreuses contraintes : faire travailler ensemble des corps de métiers différents avec du spectacle vivant, des équipes de cinéma, des effets spéciaux. Le spectacle est également un challenge, outre la production des images de synthèse, il y a un vrai show, avec des acteurs, des chanteurs, des effets de lumière, de la musique, des chorégraphies, le tout pour un budget d’un peu moins de 5 millions d’euros.

 

Mise en scène et production

La mise en scène du spectacle est orchestrée par Grégory Antoine qui a l’habitude des comédies musicales et des spectacles de grande ampleur. Depuis plus de vingt ans, il travaille aux côtés d’Alain Marcel sur de nombreux spectacles dont « My Fair Lady », « La Cage aux folles » ou « L’Opéra de Sarah ». Avec Roger Louret, Kader Belarbi, et d’autres, il collabore à des spectacles et shows XXL (« La Java des mémoires » aux Folies Bergère, la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de rugby 2007 au Stade de France, Euro 2008 en Suisse…). Adepte du spectacle total, il conçoit et met en scène des projets d’envergure à travers le monde (Qatar National Day, Championnats du Monde d’athlétisme handisport 2015…). Il met en scène « Hit Parade » et en cosigne le livret avec Bruno Gaccio.

David Michel produit ce projet. Véritable passionné de tout ce qui touche au monde du spectacle, il organise ses premiers concerts et spectacles très jeune. Il vit ses rêves et monte sa propre salle de spectacles. Le Cotton Club verra le jour en 2003 et il le dirigera pendant sept ans. Cette salle de 1000 places a reçu durant cette période les plus grandes stars de la chanson et de l’humour avec plus de 1000 spectacles organisés et 450 000 spectateurs. Hit Parade est un défi, « Par son ampleur et sa sophistication, Hit Parade est une première mondiale ! Les hologrammes de Michael Jackson, Elvis Presley, Tupac Shakur ou Whitney Houston qui ont déjà vu le jour, font figure de simples expériences en regard de ceux que nous avons mis au point. Ils évoluent sur une scène gigantesque et profonde. Chaque minute coûte une fortune… Et faire saluer Cloclo, Dalida, Mike Brant et Sacha Distel ensemble est une prouesse. Les projecteurs mis à notre disposition par le constructeur japonais Panasonic ne sont, par exemple, pas commercialisés. D’autres matériaux, hautement technologiques, ont été créés et brevetés spécialement. Mais les hologrammes ne sont qu’un média au service des émotions. Ce spectacle, c’est un tiers d’audace, un tiers de passion et un tiers de folie », souligne-t-il.

 

La bande-son, une chasse au trésor

La bande-son est réalisée à partir des grands tubes des vedettes, quatorze au total. Il a fallu récupérer des bandes multipistes, ce qui fut une véritable chasse au trésor, car de nombreux enregistrements ont disparu ou sont abimés. Les équipes audio ont réalisé une extraction des voix et ensuite une nouvelle réorchestration a été faite pour moderniser la bande-son. Le mixage est conçu pour le spectacle dont les rythmiques sont jouées en live par des musiciens.

« Hit Parade » s’installe pour 30 dates au Palais des Congrès et ensuite 60 dates dans les Zénith de France. Mais avant la première, la troupe répète le spectacle avec les hologrammes de chez Dushow. Tout le décor et le système de projection seront installés dans un espace qui ressemble à un Zénith. 

Rendez-vous Jeudi prochain pour une interview Web TV de Rodolphe Chabrier...

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #19, p.98-99. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.

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