Charlot fringant dans son musée

Univers, Muséographie // mardi, 31 janvier 2017 // Rédigé par Annik Hémery

Ni mausolée ni parc d’attraction, le Chaplin's World à Vevey (Suisse) fait revivre l’esprit et l’œuvre de Charlie Chaplin grâce à la scénographie immersive de François Confino*.

 

C’est en franchissant les portes de la salle de cinéma du Studio, construit à l’écart du Manoir où vécut Charlie Chaplin, que le visiteur de Chaplin’s World pénètre dans le monde magique de Charlot. À peine projeté le dernier plan noir et blanc du film retraçant sa vie, que l’écran se lève sur une reconstitution parfaite, mais légèrement colorée, de l’image projetée. Invité aussitôt à monter sur scène, le visiteur découvre la célèbre rue d’Easy Street, un décor souvent utilisé par Chaplin, reconstruite à l’identique.

Si cette « traversée du décor » rappelle l’entrée de l’exposition culte Cités-Cinés à la Villette, première scénographie à introduire le principe d’immersion, François Confino joue ici, de manière encore plus théâtrale, des images noir et blanc des films de Chaplin et des décors réels du Manoir ainsi que des reconstitutions du Studio (comme le studio d’Hollywood...). L’immersion mise en scène par le scénographe du musée du Cinéma et de l’Automobile à Turin parvient même à intégrer les personnages de cire (Charlot, Einstein, le Kid, Mickael Jackson...) imposés par le gestionnaire des lieux, le groupe Grévin, filiale de la Compagnie des Alpes (Futuroscope, Parc Astérix).

 

Images, lumières...

Restituer au plus juste l’œuvre de Chaplin en faisant revivre l’esprit de Charlot : les objectifs fixés par la famille, la fondation Chaplin et le scénographe excluaient le recours à des dispositifs immersifs de type 360 °, peu cohérents avec la cinématographie de Chaplin. Chaque projection de films (dont 35 extraits de films de Chaplin) est, par contre, contextualisée.

Au détour d’Easy Street, le visiteur peut ainsi tomber nez à nez sur une scène mythique de The Kid. Un peu plus loin, sur Hollywood Boulevard, il pénétrera dans d’autres décors du monde muet de Charlot : le salon du barbier, le poste de police, la prison...

La scène de la Pantomime décompose, quant à elle, sur sept écrans verticaux de deux mètres de haut, le fameux jeu de canne de Charlot, tandis que celle, circulaire, du Cirque le montre faisant le pitre dans un lancer de tarte à la crème inédit, rebondissant d’écran en écran : un montage désynchronisé réalisé avec la complicité de Serge Bromberg (Lobster Films) qui a fourni, par ailleurs, la quasi totalité des copies restaurées des courts et longs métrages présentés. « Où que le regard se pose, les décors fourmillent de détails », admire Michel Helson (Culturetech), qui a collaboré étroitement avec François Confino dans l’élaboration de la scénographie audiovisuelle. 

Plus de 80 écrans LCD et Led, sur une centaine de points de projection vidéo, ont été répartis sur tout le parcours (1 850 mètres carrés pour le Studio et le Manoir). Pour arriver à projeter au format 4/3 (voire 5/4) les films en 2K de Chaplin, les moniteurs (la plupart sont au format 16/9) ont été incrustés dans les décors ou mobiliers qui leur composent, ainsi, un cache sur mesure. Seuls les écrans 82 pouces (format 16/9) de la Pantomime et du Cirque sont placés verticalement.

Pour perdre le minimum de pixels, il a été fait usage de vidéoprojecteurs Panasonic PT-EX à la matrice au format 4/3 natif (salle de cinéma). Dans certaines configurations offrant peu de recul (comme dans Easy Street), ce sont des projecteurs Nec dotés de focales ultra courtes qui ont été utilisés. Pour le reste, les projecteurs Led laser Barco (pour le Cirque, la Pantomime...) ont été généralisés.

Composants indissociables de l’immersion, plus de 2 000 points lumineux (dont 800 projecteurs Erco) ont été mis en place. Récupérés, les luminaires d’origine du Manoir ont tous été remis aux conditions d’exploitation actuelle et dotés d’ampoules Led, dont certaines noircies au feutre afin d’obtenir la colorimétrie souhaitée. Cette attention portée à la lumière vaut aussi – et surtout – pour la trentaine de figures de cire éclairées par Michel Helson en contrejour et par deux points frontaux, lesquelles se répartissent entre le Manoir et le Studio et empruntent des attitudes comiquement inattendues : Charlot entrant tout habillé dans la baignoire d’Un roi à New York ou Albert Einstein, un familier du Manoir, tirant la langue devant un « miroir » de salle de bain...

 

… et autres effets immersifs

Dans ce miroir, le visiteur ne se verra pas : son reflet ayant été tout simplement escamoté. Un effet qui ne doit rien à la vidéoprojection mais reprend le vieux principe de la vitre transparente placée devant un décor construit à l’identique mais à l’envers.

À dessein, François Confino a multiplié ces « effets spéciaux » qui n’auraient pas manqué d’intéresser le génial pantomime et artiste de théâtre. L’écran géant de la salle de cinéma World, qui s’enroule par le bas à une vitesse d’un mètre par seconde, embarque ainsi un système de levée dérivé d’une scie à ruban (celui de Cités-Cinés était un rideau de lamelles s’écartant mécaniquement). Il a été mis au point par le fabricant d’écrans Gerriets International.

La cabane de La ruée vers l’or est montée sur vérins et tangue comme celle du film. Par contre, la machine des Temps modernes, faute d’avoir pu être reconstituée mécaniquement avec tous ses engrenages, a été « remotorisée » pour des raisons de sécurité au moyen d’un vidéomapping 3D projeté sur un décor en bois construit en relief (deux projecteurs Panasonic PT-EX).

Musicien hors pair, Chaplin, qui avait l’habitude de composer la musique de ses films, n’aurait pas désavoué non plus les arrangements musicaux de Patrick Abrial qui a réalisé les bandes d’amorce et sonorisé de nombreux extraits. Si Manoir et Studio recourent à des enceintes directives, ce sont bien souvent des astuces de composition qui évitent la pollution sonore : l’ambiance sonore d’Easy Street reprenant ainsi les mêmes tempo et le final du film projeté dans la salle de cinéma (enceintes L-Acoustic 5X T, JBL 23).  

 

Manoir et Studio reliés en fibre optique

Le Manoir, qui évoque la vie en Suisse de Chaplin (sa famille, ses amis...), ne pouvait être dissocié du Studio qui se consacre à son œuvre. Pour ne pas scinder les installations techniques, Culturetech et la société belge Inytium (Bruxelles), qui a remporté l’appel d’offres pour la fourniture, l’installation et la programmation des automatisations (éclairage, sonorisation, vidéo), en accord avec le bureau d’études d’ingénierie Amstein + Walthert (Lausanne), ont choisi de relier les deux lieux en fibre optique et de centraliser, dans une baie technique commune installée dans le Studio, le système de visualisation, de diagnostic et de contrôle de l’ensemble des équipements. Raccordés sur ce réseau, ceux-ci sont pilotés par le show controler Medialon Manager V6 (lecteurs vidéo BrightSign).

« Au moment où nous avons conçu le système d’automation, nous avons fait en sorte que le Manoir puisse avoir le contrôle de l’allumage et l’extinction de sa scénographie indépendamment de celle du Studio, précise Thierry Renard (Inytium). Nous avons branché pour cela sur le réseau un automate programmable industriel Schneider qui permet, via une interface utilisateur très simple, de venir commuter en parallèle les équipements du Manoir. »

Cette infrastructure permet également à l’exploitant de rendre polyvalentes certaines salles emblématiques du Studio (salle de cinéma, plateau de tournage, Hollywood Boulevard, Easy Street...) : Chaplin's World ayant été conçu non seulement à des fins muséographiques, mais aussi pour répondre à des demandes d’exploitation événementielle (conventions d’entreprises, etc.). Dans cette optique, les installations scénographiques – la salle de cinéma a été dotée d’enceintes L-Acoustic – peuvent modifier leur sonorisation, éclairage et projection via un panneau tactile ou depuis le PC du guide.

Depuis son ouverture, Chaplin's World ne désemplit pas, et a reçu près de 40 000 visiteurs depuis juin dernier.

* Article paru pour la première fois dans Sonovision#5, pp.16-17. 

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