Intégration et home cinéma

Intégration Audiovisuelle, Technique // lundi, 02 décembre 2019 // Rédigé par Pierre Regger

Une installation home cinéma privée et atypique dans les Caraïbes, conçue par une société landaise… Détails techniques et organisation d’un chantier hors normes, découverte d’un acteur particulier de ce marché.

 

CineDesigns est encore une jeune société basée à Biscarosse, dont le projet est de créer des espaces musicaux et home-cinémas à l’acoustique d’exception. Le positionnement n’est pas nouveau, mais les éléments de l’équipe sont assez atypiques pour réaliser des installations qui sortent de l’ordinaire.

Créée en 2016 CineDesigns SAS, est présidée par Hervé Pacaud, qui après une première période professionnelle dans un domaine totalement différent, a condensé l’héritage de son père acousticien et sa passion pour le bon son dans cette société. Ses deux associés sont Olivier Verrecchia, qui est le directeur technique et sound designer, il est issu du spectacle et de l’audiovisuel d’intégration professionnel d’entreprise, et Floriane Verrecchia, architecte DPLG, qui assure le design des espaces et les plans des projets. Cette équipe est renforcée sur le terrain par une palette de compétences, composée de fidèles techniciens, tous assis sur de longues expériences.

Cette société s’appuie en effet sur un long savoir-faire de ses membres. La liste de leurs réalisations est encore courte, la salle de démonstration à Biscarosse, une salle en Israël, et celle que nous allons découvrir ici, ainsi que quelques autres en sous-traitance d’intégrateurs, le secret ne permettant pas de les dévoiler. Il y a un savoir-faire qui surgit rapidement à la vue des installations.

La politique de la maison est que le sur-mesure est, par définition, le standard. CineDesigns réalise ses propres panneaux acoustiques, ses écrans de projection, son traitement audio propriétaire, sous le nom d’ASX. On est loin de la vente sur catalogue de solutions toutes faites.

Mais parlons du projet. Ce home cinéma est installé dans une extension créée spécifiquement, dans une belle villa d’une île des Caraïbes. Totalement en sous-sol et désolidarisé du bâtiment principal, il est recouvert d’une couche de végétation, qui ne suffit toutefois pas à étouffer la puissance de ses effets sonores. L’espace se compose d’un escalier extérieur d’accès, d’un couloir distribuant une salle technique située à l’arrière de la salle de projection, l’accès à la salle elle-même et un espace technique derrière l’écran, donnant accès aux caissons de sub et aux haut-parleurs de façade. Dans le couloir, à la hauteur de la porte de la salle, un iPad, fixé au mur sur un support basculant iRoom, attend l’utilisateur pour qu’il s’en empare ; celui-ci comporte une interface sur mesure pour gérer lumières, mise en route de la session, choix des sources et paramètres image et son.

La salle de 7,5 m par 5,4 m, soit 40 m² intérieur est totalement habillée par des panneaux acoustiques conçus sur mesure pour cette réalisation. Ces panneaux cachent, sous leurs toiles tendues, des zones absorbantes, réfléchissantes, shroeder, basstrap, pour créer l’ambiance acoustique nécessaire. Le savant montage du traitement acoustique est resté caché derrière ces toiles noires… secret de fabrication. L’intérieur de la salle n’est pas parallélépipédique, mais légèrement en fuseau, y compris le plafond, lui même bombé. Le gradin comporte deux rangées de sièges électriques inclinables de fabrication espagnole de la marque Keyton, trois devant l’écran et quatre au second rang, pour décaler les spectateurs, afin d’optimiser leur champ visuel. L’écran de 3 m 80 de base est courbe et comme suspendu dans l’espace.

La partie lumière a été travaillée pour produire des ambiances variées. L’ensemble lumière est composé de spots à leds orientables au plafond assurant un éclairage des assises. Les marches du gradin sont éclairées par des spots pour la bonne circulation. Des lignes verticales de leds RVB variables montées de façon indirecte soulignent l’espace à l’avant et à l’arrière et, pour finir, quatre larges panneaux d’inclusion de matières naturelles et de rubans de leds blanches et chaudes qui rétro-éclairent, deux caissons latéralement et deux caissons, de ce type, à l’arrière donnent un éclairage assez fort pour les phases de circulation tout en donnant une profondeur aux murs. Tous ces éclairages sont contrôlés par un bus DMX et par quelques circuits sur gradateur Crestron.

Le revêtement du sol, une épaisse moquette rouge sombre, donne un agréable contact et un feutrage des bruits dans la pièce. La climatisation, indispensable dans ces régions, est même un peu forte… une légère sensation de froid vous saisit en entrant.

La partie image est composée d’un lecteur Blu-ray Pioneer 4K, LX500, d’une Apple TV 4K, d’un serveur Zappiti 4K duo 12 Tb de stockage, plus un Nas externe de 24 Tb, ce qui représente une bibliothèque de plusieurs centaines de films, de séries et de concerts. Et pour compléter les sources image, une prise HDMI au sol, près des fauteuils, permet de connecter une console de jeu, ou toute autre source additionnelle. La sélection et l’extraction audio sont réalisées par un pré-ampli Onkyo PR-RZ5100, qui comporte une matrice HDMI 8x2. La sortie principale est dirigée vers le projecteur Christie mono-DLP 4K7-HS de 7 000 lumens, la seconde vers un écran de retour et de service en local technique. La chaîne permet un traitement complet 4K et HDR. Le projecteur Christie à source de lumière laser est assez volumineux, mais cela ne pose pas de problème lorsque l’on dispose d’un local de projection.

La partie audio utilise le pré-ampli Onkyo qui extrait les flux numériques des HDMI, décode et délivre les flux numériques DTS-HD et Dolby Atmos, sous la forme de 11.2 canaux sur prises XLR. Ces treize canaux sont introduits dans un processeur Yamaha DME-64, dont le traitement spécifique sera détaillé plus loin. Au-delà du processeur, des amplis alimentent les différents haut-parleurs répartis dans la salle. Il y a neuf amplificateurs deux canaux Yamaha PX3 de 2 x 500 watts chacun et pour les sub, un ampli Yamaha PC910N de 2 x 1500 watts. Ce qui fait, tout de même, un total de vingt sorties pour 12 kW disponibles.

La partie électrique a été particulièrement travaillée. Dans ce pays, au courant en 110 volts, il a fallu tout d’abord utiliser un power inverter qui élève la tension en 230 volts en triphasé et qui, au passage, régule les possibles variations du secteur local. Puis à partir de ce moment, une séparation complète est réalisée pour les services et la lumière d’un côté, et au travers d’un transformateur d’isolation pour les équipements actifs audio et vidéo, de l’autre. L’automate Crestron qui doit contrôler des relais, DMX et gradateurs en zone service, utilise une liaison en fibre optique vers ces interfaces, pour garder une isolation totale aux interférences. Pour finir, un onduleur filtre et protège tous les éléments audio et vidéo. Cet ensemble représente deux armoires électriques et un coffret pour les contrôles DMX.

Les ballasts pour les différents circuits de leds ont été rassemblés sur un tableau fixé au mur dans le local technique. C’est ce qui explique la surface de 10 m² de ce local, nécessaire pour contenir tous ces équipements. Celui-ci étant complété par un poste de travail debout recevant le moniteur de contrôle de la source diffusée et un PC local pour la gestion et la maintenance à distance (merci Internet).

L’automation est assurée par un automate CP3 Crestron, avec une interface utilisateur sur iPad, et une réplique sur PC en Xpanel dans la régie technique. L’automate gère totalement les lumières, les séquences de mises en route du système, sur le plan électrique à travers une série de relais, et le contrôle de toutes les fonctions nécessaires pour la diffusion audiovisuelle. L’automation est un volet indispensable dans une salle de ce niveau où l’on gère une multitude d’équipements, et dont l’usage doit être transparent pour l’utilisateur.

Si l’on revient sur les éléments décrits précédemment, l’écran sur cadre, de fabrication CineDesigns, utilise une toile microtissée trans-sonore. Cette toile est montée sur un cadre en aluminium courbe et est recouverte d’une bordure en velours noir absorbant la lumière. La toile ne crée aucun moirage, même aux plus hautes résolutions. Au recto, une guirlande de leds colorées permet de créer un effet lumineux, qui détache d’autant plus l’écran du mur.

CineDesigns assure pouvoir faire des écrans de ce type, droits ou courbes de 1,8 m à 5 m de base, et est disposé à vendre à tout intégrateur ces écrans sous forme de produits finis. C’est l’ouverture à un nouveau volet d’activité pour l’entreprise qui se positionne ici comme fournisseur d’éléments.

Le processeur audio Yamaha DME-64 est utilisé pour transformer le 11.2 canaux du pré-ampli en 13.2.4 en respectant la « Bible » Dolby pour l’Atmos pour la partie cinéma de la diffusion. Mais il sert aussi à appliquer des filtres actifs spécifiques appelés ASX (pour Audio Signature eXtended). Ces traitements sont utilisés pour des écoutes plus particulièrement musicales, en audio seul ou en vidéo de concert. Modélisés à partir de relevés dans des lieux mythiques tels que le stade de Wembley de Londres, la Scala de Milan, le Madison Square Garden de New York, au total huit espaces différents.

Ces ambiances ASX sont ajustées en cohérence avec l’acoustique de la salle. Elles sont rappelées depuis la tablette iPad au gré de l’auditeur. La sensation est tout à fait convaincante, sur un orchestre de jazz dans une petite salle type CBGB de New York, un concert classique dans l’ambiance de Notre-Dame de Paris, ou encore un concert des Beatles de retour au Cavern Club de Liverpool. Le traitement ASX est une spécificité CineDesigns.

Les haut-parleurs utilisés pour cette salle sont de trois modèles. Des 38 cm pour les caissons de basse, des haut-parleurs large bande 70 Hz-19 kHz en 30 cm utilisés dans toutes les positions, et en complément, pour la façade LCR, des tweeters à ruban et pavillon qui montent à 38 kHz. Les haut-parleurs sont montés en mode panneaux plan, sans enceintes bass-reflex. Ce montage particulier a l’avantage d’offrir une meilleure linéarité et une meilleure dispersion, pour une salle de cette taille, mais aux dépens du rendement. C’est la raison de la forte puissance disponible côté amplification, permettant de compenser ce rendement plus faible. Seuls les deux caissons de sub sont montés en enceintes acoustiques closes.

La projection permet aussi la diffusion 3D avec lunettes actives Volfoni. C’est là que la puissance du projecteur prend tout son intérêt, pour compenser la perte de lumière due à la 3D. Le projecteur est équipé d’une prise USB pour fournir directement le signal pour l’émetteur infra-rouge de synchronisation de la 3D.

Ce projet représente un budget de 300 K€, qui comprend les surcoûts liés à la partie électrique 110/230 volts. Située dans un petit coin de paradis, cette réalisation bénéficie d’un environnement exceptionnel. L’ensemble est d’une belle cohérence et offre une qualité visuelle et acoustique excellente. On est pressés de voir ce type de projet en France.  

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision #17, p.66-68. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder, à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

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