Sonorisation ambiance et sécurité

Produits, Audio, Univers, Lieux Public // jeudi, 07 juin 2018 // Rédigé par Antoine Gruber

La sonorisation d’espace public rencontre des particularités, par la dimension des zones à traiter, en passant par les normalisations spécifiques et les obligations de la sono de sécurité. C’est un dossier qui requiert, dès le départ du projet, de bien en définir les objectifs. Un grand pas a été réalisé, pour tenter d’être désormais à la hauteur de la qualité que l’on peut attendre d’une sonorisation, mais il reste encore beaucoup à faire.

 

 

Lorsque l’on parle de public address ou de sonorisation d’ambiance pour les espaces publics, on pense aux quais de gare ou à 
la sonorisation des grandes surfaces, aux aéroports ou à la musique d’ascenseur. Mais il n’y a pas que des catastrophes dans ce domaine, on peut aussi trouver des réalisations efficaces et pertinentes.

 

La sonorisation des grands espaces est différente de celle des espaces courants tels que salles de réunion, salles de classes ou autres espaces d’entreprise. Dans les grands espaces, il faut assurer plusieurs fonctionnalités. La première est souvent de pouvoir transmettre des messages vocaux, messages qui peuvent être de confort, mais aussi des messages de sécurité comme des appels à l’évacuation en cas d’incendie. De la même façon on peut avoir besoin d’un fond musical d’ambiance, voire d’une présence musicale forte et de commentaires à haut niveau acoustique si l’on se trouve dans un stade, par exemple. Voilà déjà des situations fort différentes, qui ont des besoins peu compatibles entre eux.

 

On peut définir des espaces de taille petite à moyenne, par exemple un petit supermarché. Il faut y faire des annonces au micro, en général de façon globale dans tout l’espace, mais aussi des appels automatiques en cas d’incendie. Dans ce cas un petit processeur audio avec quelques micros d’appel
aux caisses, et une distribution globale de haut-parleurs en ligne 100 volt permettra de couvrir les besoins, le tout relié à la centrale d’incendie pour les messages d’évacuation
en cas d’alarme incendie. Au-delà, il existe des espaces plus vastes, le centre commercial dans son ensemble, une gare qui comporte de multiples quais ou bien un aéroport international. Là, les besoins sont plus complexes, il y a un ensemble, dans le sens où un appel à l’évacuation en cas d’incendie est global, mais les annonces micro peuvent être plus sélectives, en étant limitées à une ou plusieurs sous-zones de diffusion. Une porte d’embarquement peut faire une annonce locale, la recherche d’un passager en retard sur toute une zone d’embarquement, y compris les commerces de détaxe, etc., ce qui fait, pour les mêmes points de diffusion, plusieurs sources possibles ou, autrement exprimé, un point d’entrée du son peut être distribué sur plusieurs zones, groupes de zones ou sous- groupes. Il y aura donc, au niveau des processeurs, des routages différents pour gérer les différentes tailles d’espaces et, au niveau des pupitres de commandes, des boutons pour spécifier les zones à couvrir par une annonce.

 

L’une des premières questions qui va se poser à l’étude du projet est de savoir si la sonorisation de sécurité est commune ou séparée de la sonorisation d’ambiance, qui comprend musique et annonces. La réponse évidente est qu’en couplant les deux fonctions, cela permet une économie d’équipement et d’installation, il faut donc inclure la sécurité dans la sonorisation d’ambiance.

 

Mais cela n’est pas toujours possible, car ces espaces reçoivent du public, et souvent en quantité importante. Les réglementations de sécurité sont donc particulièrement strictes. La sonorisation de sécurité doit répondre, pour être validée par le bureau de contrôle 
et les pompiers, aux normes EN-5416 et EN-5424. Sans détailler totalement ces normes plutôt complexes, il faut retenir que tout le système de sécurité doit être résistant au
 feu, au moins un certain temps, surtout pour de grands espaces recevant du public. Ceci impose que les équipements soient dans un local spécifique isolé et protégé ; il faut que tous les câbles soient anti-feu de type CR1-C1 (câbles se présentant de couleur orange, en polyolé ne (pour les reconnaître facilement dans les chemins de câbles), qui ne dispersent pas d’halogène en cas de feu), mais aussi que les haut-parleurs soient résistants au feu ; il peut aussi être demandé des redondances pour qu’en cas de panne d’un appareil, le système assure une continuité de fonctionnement. Or, tous les produits ne permettent pas de répondre à toutes ces caractéristiques conjointement à de hautes performances de sonorisation.

 

Les meilleurs exemples sont les sonorisations de stade. La distance entre les structures de couverture des gradins et le public peut atteindre plusieurs dizaines de mètres. Or dans les stades il est demandé une forte pression acoustique pour stimuler le public et le faire participer à l’action. Il faut donc des moyens lourds, y compris de type cluster d’enceinte de haut-parleur pour arroser les gradins au niveau acoustique souhaité. Ces équipements très puissants ne sont pas au normes anti-feu nécessaires, et ne peuvent l’être. Il faudra donc créer deux distributions séparées. L’une pour l’animation et l’autre pour la sécurité.

 

Il existe tout de même des gammes intermédiaires qui peuvent être utilisées dans des stades dont la capacité va jusqu’à
 20 000/25 000 spectateurs. Les sociétés TOA ou Electro Voice, par exemple, proposent des produits aux normes.

 

Le second point important des systèmes de sonorisation de sécurité est la résilience aux pannes. Pour ce faire, les amplificateurs surveillent les lignes de haut-parleurs ; on utilise des doubles processeurs avec double alimentation, eux-mêmes secourus par des batteries, car un début d’incendie a souvent pour origine un problème électrique qui fait disjoncter les circuits.

 

Pour adapter les systèmes aux dimensions des projets, les constructeurs proposent des processeurs de différentes tailles suivant les surfaces et le nombre de zones à sonoriser. Par exemple chez Bosch, un petit supermarché sera contrôlé par un Plena, un Paviro pour les projets moyens, et un Praesideo pour de grands ensembles complexes, comme un aéroport. Chez Biamp, un Tesira permet de gérer de petits espaces, et un Vocia couvre toutes sortes d’applications, jusqu’aux plus complexes.

 

Le traitement numérique est depuis longtemps entré dans les circuits de sonorisation. Cependant, pour la partie sécurité, le transport fibre et numérique reste à la limite des autorisations. Le transport audio numérique Dante est prévu pour être redondant avec 
sa double connexion. Celle-ci implique une infrastructure réseau, elle-même doublée,
 ce qui implique de fortes contraintes qui rebutent parfois les concepteurs. Biamp, de son côté, utilise les transports en Cobranet, qu’il trouve plus fiables. Dans ce cas, les processeurs devront être doublés pour avoir de la redondance. Le transport par fibre optique, quant à lui, n’est à ce jour pas agréé par les normes de sécurité. C’est pourtant une matière naturellement résistante au feu.

 

Sur le plan technique, il existe plusieurs types de distribution de la puissance aux haut-parleurs. Le plus classique est la basse impédance en 4, 8 ou 16 ohms. Cela permet d’obtenir de très fortes puissances, de plusieurs milliers de watts, utiles dans les clusters de stades ou de salles de concert. Mais ces amplificateurs nécessitent d’être situés à proximité des haut-parleurs, quelques dizaines de mètres tout au plus, faute de quoi une part importante de la puissance est dissipée dans les câbles et non au niveau des haut-parleurs. Plus courant, pour les grands espaces, la distribution 70/100 volts. En augmentant par transformateur la tension on diminue d’au- tant le courant transmis et donc les pertes en ligne, ce qui permet une plus grande distance entre l’amplificateur et les haut-parleurs. Les Américains utilisent le 70 volts (pour éviter la confusion avec la tension secteur locale probablement), l’Europe le 100 volts pour ses meilleures qualités de transport. Les liaisons utilisent un premier transformateur en sortie d’amplificateur et un second en réception au niveau de chaque haut-parleur. La qualité de transmission sonore est donc directement dépendante de la qualité des transformateurs utilisés. C’est pourquoi les systèmes 100 volts ont parfois un rendu sonore moyen. Une distribution 100 volts permet de positionner plusieurs haut-parleurs en parallèle sur une ligne d’amplificateur, alors qu’en basse impédance, on ne positionne pas plus de deux haut-parleurs. Il faut cependant calculer sa puissance. Pour avoir dix haut-parleurs à 10 watts de diffusion sur une ligne, l’ampli doit délivrer 100 watts. Il reste que les amplificateurs pour système 100 volts sont limités à des puissances maximales de 500 à 1 000 watts, selon les constructeurs. C’est ce qui limite leurs applications à des sonorisations de taille moyenne.

 

Le choix et le positionnement des haut-parleurs a aussi une importance cruciale. Les constructeurs proposent des modèles pour toutes sortes de configurations. Les plafonniers, encastrés en faux plafond, sont simples à mettre en place dans un centre commercial par exemple. Il faudra respecter l’espacement entre les haut-parleurs pour que toutes les zones soient couvertes uniformément. Les haut-parleurs ont un angle de dispersion spécifié par le constructeur ; suivant la hauteur sous plafond, cet angle couvrira plus ou moins de surface au niveau du sol.

 

Les versions en colonne, qui sont constituées d’un réseau de haut-parleurs en ligne, permettent de couvrir un espace assez lointain avec un angle vertical fermé de 15 ° environ, mais disposant d’une ouverture horizontale de 90 °. Ce sont donc des haut-parleurs qui peuvent couvrir de grands volumes, et sont par conséquent très utilisés pour les églises ou toutes salles profondes.

 

Les haut-parleurs type projecteur de son offrent une diffusion très large, de l’ordre de 100 ° horizontalement et verticalement ; ils sont très souvent utilisés en extérieur, quais de gare, parkings, etc. où l’on recherche une couverture sonore tous azimuts.

 

Au niveau des processeurs, l’utilisation d’un système de type ducking, qui diminue le niveau musical en cas de modulation sur le circuit micro, permet d’augmenter automatiquement la clarté du message diffusé lors d’une annonce. On trouve aussi, notamment chez Bosch, des systèmes de micro de mesure qui permettent de réguler automatiquement le niveau de diffusion dans les espaces, en fonction du bruit de fond.

 

Certaines chaînes de magasin, d’habillement en particulier, ont compris l’intérêt d’avoir une couverture musicale de qualité pour attirer une clientèle jeune, et ne font pas d’économie sur les moyens de diffusion en optant pour un rendu acoustique de haut niveau. À l’opposé, la « musiquette » de fond, que l’on rencontre le plus souvent, ne permet de créer qu’un fond sonore, mais sans réelle présence et sans couleur musicale.

 

Il existe des particularités dans la sonorisation. Depuis plus de 25 ans, la SNCF a mis au point un protocole de commande qui lui est spécifique pour le contrôle des circuits de sonorisation de ses gares, avec message automatisé et horloge intégrée. Seuls les constructeurs ayant fait l’effort de développer des équipements compatibles peuvent concourir aux appels d’offres de la SNCF.

 

La France comporte des constructeurs dans le domaine de la sonorisation ; on peut citer particulièrement, aux extrémités de ce marché, l’historique Bouyer dont les produits 100 volts ont irradié tout le territoire, mais aussi le très reconnu L-Acoustics dont les clusters ont totalement changé la façon de sonoriser les stades et les espaces de spectacle. Sur le plan des processeurs et des traitements audio de sécurité et de sonorisation, Ateïs est aussi un leader dont la gamme est représentative de tous les maillons du traitement audio. Au-delà, il y a des constructeurs qui ont fait leur réputation sur ce marché, tels que TOA, Bosch, Bose et bien d’autres.

 

La sonorisation de grand volume est donc un important marché qui est trop souvent traité et réalisé par des intervenants généralistes, pour des résultats mitigés. Les acteurs de l’audiovisuel qui ne sont pas encore impliqués dans ces appels d’offres devraient s’y intéresser plus souvent, au bénéfice des utilisateurs.

 

 

*Article paru pour la première fois dans Sonovision #10, p.62/64. Abonnez-vous à Sonovision pour accéder à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

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