Vidéo Mapping, un festival sans frontières

Organisé par les Rencontres audiovisuelles et le laboratoire DeVisu de l’université de Valenciennes, le Vidéo Mapping Festival fait un état des lieux du vidéo mapping et de ses enjeux (du 22 au 23 mars à Arenberg Creative Mine).


 

 

Il n’existe pas un seul vidéo mapping,
mais un panel de projections : du mapping monumental – qu’affectionnent encore les festivals – au micro-vidéo mapping sur objets ou maquettes, corps humain, animaux, végétaux... Les domaines d’application sont également tout aussi diversifiés, allant de l’installation artistique immersive ou interactive, la médiation muséale à la valorisation d’un territoire ou au lancement de produits (etc.). Pour sa première édition, le Vidéo Mapping Festival, qui a pris la forme d’un séminaire de deux jours, a tenu à rappeler cette grande diversité et surtout à s’ouvrir à l’international en invitant une trentaine de spécialistes internationaux pour ses tables rondes et études de cas, ainsi qu’un grand nombre d’étudiants européens. « Le festival s’inscrit dans le cadre du Video Mapping European Center qui a pour objectif d’accompagner le développement de la filière vidéo mapping en Europe et notamment en région Hauts-de- France », a rappelé Antoine Manier, directeur des Rencontres audiovisuelles.
 Si les formes du vidéo mapping sont donc multiples ainsi que sa pratique, un rappel unanime : « Le vidéo mapping n’est qu’un
 outil », n’a cessé de souligner Xavi Bové, compositeur visuel et directeur artistique 
du Festival international de mapping de Gérone (Espagne). Et grand modérateur du Festival dont la clôture a pris la forme d’un parcours de vidéo mappings, dans Lille et les agglomérations voisines, réalisés par des « mappeurs » au cours d’une résidence de création à Arenberg Creative Mine.

 

L’après effet « Waouh » ?

En se penchant sur les caractères propres
au vidéo mapping (écriture, interactivité et son), quelques pistes ont été avancées par les artistes-intervenants pour sortir des sentiers battus du vidéo mapping. Parmi celles-ci,
 le mini-mapping (ou mapping intimiste) proposé par le collectif belge Skullmapping (Filip Sterckx et Antoon Verbeeck) fait table rase des projections monumentales. Projeté 
à même une table (assiettes et couverts compris), Le Petit Chef met en scène la préparation des plats qui seront servis dans l’assiette du spectateur-invité. Pour les réalisateurs, issus de l’animation traditionnelle, cette micro-projection d’une vingtaine de minutes, qui recourt à des projecteurs Panasonic LCD dont la luminosité et la résolution sont particulièrement adaptées à ce contexte de projection, permet de fusionner, ici de manière comique, l’animation et l’installation artistique. Depuis, la recette du mini-maping s’est enrichie et 
Le Petit Chef cuisine aujourd’hui, toujours dans un contexte hôtellerie-restauration, un spectacle de deux heures, Le Petit Chef sur les traces de Marco Polo : « Le temps long de ce mini-mapping permet de développer toute une histoire, à la différence d’un vidéo mapping extérieur », remarque le collectif, qui affectionne aussi les projections en galerie d’art sur sculptures ou tableaux, trottoirs ou pas de porte, et les belles histoires qui vont avec.

En tant que médium collectif, le mapping, pour Xavi Bové, se doit d’aller aujourd’hui au-delà de l’effet « waouh ». Fera certainement date, dans la catégorie « vidéo mapping commémoratif », son émouvant Arbre de la mémoire créé à Barcelone en mars 2018 avec Jordi Pont (OnionLab Studio) en souvenir du bombardement de Barcelone, il y a 80 ans, par l’aviation fasciste italienne. Comme émergeant du sol, un arbre grossit jusqu’à envahir la façade de la mairie de Barcelone. Aucune image de destruction n’est montrée mais le vidéo mapping, qui a su éviter les classiques effets visuels des mappings conventionnels (illusions d’optique, etc.), est une allégorie de la vie « qui sort de la terre comme un cri pour la paix et la liberté à l’inverse des bombes tombant du ciel ». Une trentaine de puissants projecteurs laser et une composition sonore à base de voix accompagnent cette magistrale croissance monochrome d’une durée de 15 minutes.

Le vidéo mapping peut également se montrer contemplatif et sensoriel tout en restant monumental. L’Allemand Julian Hölscher (Urbanscreen), pour sa part, mise sur cette forme de projection surtout dans le cas
 d’une installation de longue durée. Ainsi,
 320 ° Licht, projetée pendant presque deux ans à l’intérieur d’un imposant gazomètre désaffecté (à Oberhausen), fait ressortir l’esthétique industrielle du lieu au travers
 des jeux monochromes de lumières et de formes géométriques qui se répondent. Pour couvrir ces 20 000 mètres carrés de surface de cathédrale de lumière (120 mètres de haut), une vingtaine de puissants projecteurs Epson ont été utilisés. Le design sonore de cette création visuelle et lumineuse d’une durée d’une vingtaine de minutes a été composé en fonction de l’écho très prononcé de l’endroit. Parmi les autres projets du collectif de Brême, le sensuel Present Tense, créé en 2017 pour le Musée national d’histoire et d’art du Luxembourg en 2017, superpose des corps de danseurs contemporains sur la façade blanche du bâtiment dont le calepinage se déplace sans fin en fonction de leurs mouvements.

Plus événementiel, le vidéo mapping conçu par l’agence russe de médias interactifs Sila Sveta (Moscou et Los Angeles) pour la nouvelle Lamborghini Urus n’en est pas moins hypnotique. Le spectacle d’une quinzaine de minutes recourt en effet à un mapping frontal démultiplié par une projection 3D sur des surfaces Led triangulaires motorisées. Un programme spécifique a été mis au point pour contrôler le mouvement de ces triangles qui jouent avec la projection. Quatorze projecteurs laser 4K de forte puissance (Panasonic 30 000 lumens) ont été utilisés pour régler cette projection très millimétrée, réglée sur la plate-forme TouchDesigner (avec des serveurs 4x4 Pro Disguise), et accompagnée d’effets spéciaux.

À l’opposé, les mappings de gestes d’artisans initiés par la Chambre des métiers et de l’artisanat de Montauban sont foncièrement low tech. « Ces mappings donnent à voir un geste d’artisan, explique Bruno Monpère, directeur de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Tarn-et-Garonne et du programme « Artisan numérique ». Celui-ci est issu d’une banque de données des savoir-faire métiers que nous collectons depuis 2012. Au début, c’était un répertoire vidéo des gestes établi selon la classification de Leroi-Gourhan (action/outil/ matière). Le vidéo mapping permet de révéler une cartographie locale et son patrimoine immatériel. » En se concentrant sur le geste et en se focalisant sur le métier, ce vidéo mapping, sans prétention monumentale mais à la dimension esthétique éclatante, fait l’économie du récit et du spectacle. « L’outil numérique permet aussi de rendre attractive l’image des métiers manuels, surtout auprès du jeune public, et de les valoriser », ajoute Maxime Thiébault, auteur d’une thèse remarquée sur le sujet et réalisateur de ces mappings. Le Répertoire numérique du geste artisanal (RNGA), qui réunit plus de 200 personnes, s’ouvre aujourd’hui à d’autres captations de gestes et recourt à des techniques comme la réalité augmentée ou la réalité virtuelle à 360. Les artisans sont alors filmés de manière discrète, dans leur atelier ou sur le chantier, au moyen d’une caméra 360, caméra embarquée ou capteurs infrarouges.

 

L’interactivité en quelques gestes


La pratique très répandue du vidéo mapping n’y change rien : les mêmes questions concernant l’interactivité continuent à se poser. Doit-elle se montrer collective ou être réservée à un petit nombre ? Faut-il la comprendre, et savoir en jouer, pour apprécier l’œuvre projetée ? Pour la plupart des intervenants de la table ronde sur l’interactivité, sa présence dans une œuvre aimante l’audience, mais plus simple sera sa forme, meilleur sera le résultat. « La recherche de l’interactivité ne doit pas sacrifier l’artistique, prévient l’artiste visuel Nuno Maya, cofondateur de Ocubo (Portugal). Parfois, il est préférable de limiter dans le temps la participation du spectateur. » Une interactivité immédiate à comprendre peut ainsi devenir un gage de longévité. Créée il y a quelques années, son installation en temps réel Virtual Human Tiles fait toujours recette et continue d’être recherchée par les festivals internationaux (Sydney, Eindhoven, Ljubljana...). L’interactivité s’y montre évidente : il suffit de se déplacer sur une zone lumineuse pour afficher un motif d’azulejo surdimensionné sur la façade, qui se recouvre progressivement de carreaux de faïence à la manière d’une maison traditionnelle. La couleur des vêtements influe aussi sur celle des motifs graphiques. « Il est important aussi que le public perçoive sa contribution », ajoute Nuno Maya.

Pour le créateur d’art interactif Vincent Houzé (Foliativ), qui conçoit des installations multimédia à grande échelle un peu partout dans le monde, il est souhaitable que les interfaces proposées au public ne comprennent aucune courbe d’apprentissage. Ce faisant, la projection peut ainsi acquérir une dimension plus immersive. Montrée au Museum of Developer Art à Google I/O 2017, son installation générative Fluid Structure, qui montre des formes organiques se recomposant sans fin, fonctionne d’abord comme une expérience contemplative même si les spectateurs apparaissent de temps en temps dans l’œuvre sous forme filaire.
 Si l’interactivité nécessite toutefois une démonstration, celle-ci peut faire partie du spectacle. Dirigée comme un orchestre, la projection interactive musicale Moviments Granados de Xavi Bové sur un immeuble de Gaudi (Barcelone) commence ainsi par des improvisations graphiques sur la façade, créées par trois musiciens installés dans les balcons. Équipé d’une Kinect, le chef d’orchestre donne ensuite à entendre une partition musicale jouée en direct en même temps qu’il modèle, par ses gestes, la projection 3D. À la fin du spectacle, le public peut jouer au chef d’orchestre et interagir à son tour sur la façade. Dans le même esprit, un récent spectacle interactif musical, mené par Xavi Bové dans la cathédrale de Gérone, donne à voir un ballet de faisceaux lasers contrôlés en temps réel par les instruments de musique.

« On accorde peut-être trop d’importance à l’interactivité utilisateurs car on pense à tort, que si l’œuvre en comporte, elle devient plus intéressante », avance Xavi Bové.

 

Un Jam pour le vidéo mapping

Près de 80 % du budget d’un vidéo mapping passe en frais techniques : location des vidéoprojecteurs, installation, etc. Et son bilan carbone se montre souvent catastrophique. Misant sur son expertise en vidéo mapping (plus de 500 réalisations en France et à l’étranger), l’atelier de création scénographique Athem (Paris), qui s’était rapproché de Skertzò, a entrepris il y a un an la construction d’un véhicule « plug & jam » : le Jamion. Équipé de quatre vidéoprojecteurs Christie Boxer de 30 000 lumens, de serveurs média Modulo Kinetic, d’une régie et d’un studio intégrés, le Jamion est autonome en énergie 
et peut déployer sur 360 ° une importante puissance de projection. L’atelier, qui a réalisé avec le Jamion des projections sur la pyramide du Louvre, la fondation Vuitton (etc.), dispose aujourd’hui de deux camions (quatre à la fin de l’année). « L’avantage du Jamion
 est de pouvoir faire facilement des tests et des calages de mire sur place », remarque le PDG Philippe Ligot. Cette facilité de mise en œuvre permet de faire des expérimentations et sortir des sentiers battus du vidéo mapping : « Pour le spectacle de fin d’année sur l’Arc de Triomphe (800 000 personnes), nous avons projeté des animations (douze images par seconde) créées par des animateurs des Gobelins. Cela ne s’était encore jamais fait. » Le Jamion fait partie du Jam Project, une initiative d’Athem pour réinventer le vidéomapping en en facilitant l’accès aux artistes. « Il faut bousculer les codes et faire confiance aux créateurs. »

 

À Nancy, le vidéo mapping sera-t-il toujours au Rendez-vous place Stan ?

Invité à la table ronde des villes initiatrices de festivals « lumière » comme Lyon (la Fête des Lumières) ou Sharjah (Sharjah Light Festival aux Émirats arabes unis), Henri Didonna, directeur de L’Autre Canal, Scène de Musiques Actuelles, revient sur l’évolution de Rendez-
vous place Stan à Nancy (mi-juin à mi-septembre) : « La Ville de Nancy, qui avait un souci d’attractivité, a créé en 2007 un Son et Lumière
 sur la mairie. À partir de 2011, elle a souhaité changer son spectacle qui devenait répétitif et demandé à l’entreprise rennaise Spectaculaires-Allumeurs d’Images de concevoir un nouveau Son et Lumière de 20 minutes racontant cette fois-ci une histoire et s’appuyant sur d’autres façades de la place. En ouverture, L’Autre Canal organisait des événements. En 2013 et 2016, un mapping en direct avait été ainsi réalisé avec du son, et 5 000 casques avaient été distribués au public. Rendez-vous place Stan a continué jusqu’à aujourd’hui sous cette forme de vidéoprojection monumentale, qui attire en moyenne 7 000 personnes par jour lors de la période estivale. Mais la Ville se pose des questions sur l’après 2020 pour essayer de renouveler son attractivité et celle de sa place. »
 Le vidéo mapping sera-t-il alors toujours au rendez-vous sous sa forme monumentale ? En avril 2018, L’Autre Canal a organisé pour la première fois, avec la société Human Games (Nancy), un spectacle immersif en VR, Quadriphonia VR, faisant intervenir de vrais musiciens et danseurs. D’une durée de 40 minutes, ce « concert » immerge le public dans un univers de jeu vidéo VR où les réalités se confondent, et où le son et les artistes interagissent avec les images virtuelles. Une possible relève pour la place Stan ?

 

* Extrait de l’article paru pour la première fois dans Sonovision #11, p.28-30. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder, à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

 

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