Pixii, une deuxième édition sous spinnaker

Contenu // jeudi, 06 décembre 2018 // Rédigé par Marc Bourhis

À la fois espace de démonstration et de conférences consacrées aux dispositifs numériques immersifs et interactifs valorisant les images du réel, Pixii a trouvé, pour sa deuxième édition, sa place aux côtés du Sunny Side of the Doc. Mieux, Pixii génère de nouvelles rencontres autour de l’usage des contenus numériques dans le tourisme et la valorisation des territoires...

 

En Juin dernier, Pixii avait revêtu ses plus beaux atours, du fait même que l’espace de démonstration des dispositifs numériques immersifs et interactifs se tenait dans un bel écrin, le musée maritime de La Rochelle, à deux pas de l’espace Encan où se tenait le Sunny Side.

 

Pour les producteurs, distributeurs et porteurs de projets transmédias, ce vaste espace de démonstration clair et aéré offrait un cadre idéal pour une respiration au milieu du marché des programmes audiovisuels plus traditionnels et leur offrait une source d’inspiration sur l’avenir du documentaire.

 

D’ailleurs, nombre de professionnels firent le chemin entre l’espace Encan et le musée maritime pour tenter quelques-unes des expériences à 360° proposées par Les Nouvelles Écritures de France Télévisions, Arte 360 °, Téléfilm Canada ou la VRthèque de Pixii gérée par le World VR Forum.

 

France Télévisions montrait notamment en avant première les premières images du film 360° sur les dinosaures baptisé Les Géants disparus. « Il y a deux ans, souligne Pierre Block de Friberg, directeur des Nouveaux contenus et de l’innovation de l’entreprise publique, quand Luc Rider de Chuck Production est venu nous voir avec son projet de film documentaire de 90’ sur ces animaux préhistoriques géants disparus il y a 10 000 ans, la création d’une série à 360°, en parallèle du film documentaire sur France 5 et d’une série de 4 x 52’ sur France 4, s’est vite imposée à nos esprits. C’était le moyen de donner la sensation de gigantisme émanant de ces animaux de la préhistoire. »

 

Pour le pilote présenté en avant-première à Pixii, quatre animaux géants (de 8 à 200 fois plus gros que leurs descendants actuels) ont été reconstitués en images de synthèse par le studio Chuck Production et Fauns. Ces animaux en 3D ont ensuite été intégrés dans les images réelles d’une balade pédagogique en compagnie d’un paléontologue. Le résultat est plutôt réussi car bien intégré au storytelling, avec notamment la création d’effets de surprise et d’effets d’échelle. Luc Rider précise d’ailleurs qu’un gros travail de rotoscopie a été nécessaire de la part de ses équipes pour intégrer ces monstres 3D dans le décor réel à 360°.

 

Au fur et à mesure que le projet audiovisuel prend de l’envergure, il se diversifie également. Le producteur a l’idée de concevoir un jeu en VR et images de synthèse à vocation pédagogique pour des musées partenaires comme le Musée national d’histoire naturelle (MNHN) et le musée des Confluences à Lyon. Au cours de ce jeu adapté aux 6-12 ans, le public se met dans la peau d’un paléontologue qui doit récolter des objets pour aller au terme d’une fouille archéologique.

 

 

La VR au cœur des musées et centres d’interprétation

Pour l’un des partenaires de cette expérience VR, le Musée national d’histoire naturelle, c’est le deuxième jeu pédagogique en VR, puisque dans le cadre de la fondation Orange, les équipes du MNHN ont activement participé à l’élaboration d’un programme baptisé « Voyage au cœur de l’évolution » déjà présent sur les « stores » Oculus, Steam VR et bien sûr Orange VR experience. D’ailleurs, voyant sa collection de programmes en VR augmenter, le musée a ouvert au printemps 2018 le « cabinet de réalité virtuelle », un nouvel espace dédié aux expériences immersives. Il est équipé de six casques HTC Vive et a été scénographié par l’agence Mind Out.

 

De son côté, le studio Neotopy, déjà connu pour ses films 360 ° largement présents sur la galerie de la chaîne Arte 360 °, montrait un visage nouveau de mini-major de la VR. Ivan Maucuit et son équipe ont décidé de devenir principaux producteurs de leur contenu et de se laisser ainsi l’entière liberté d’exploiter leur film 360 ° dans les « location based » du monde entier. À Pixii, Neotopy entamait cette nouvelle stratégie avec une série 360 ° baptisée 700 requins, coproduite avec Le Cinquième Rêve, en charge quant à lui du documentaire classique de 52’. La mini-série VR de 2 x 6’ montre plusieurs plongées pilotées par le biologiste-plongeur Laurent Ballesta, qui immerge le spectateur au beau milieu d’une des plus foisonnantes passes au monde en Polynésie française. Neotopy a apporté la moitié du budget de cette série de films qui sont d’ores et déjà distribués à la Cité de l’Océan de Biarritz et dans quelques autres centres d’interprétation à l’étranger ainsi que sur Arte 360 °, tandis qu’ils seront également sur MyTF1 VR en septembre 2018. Il était d’ailleurs intéressant d’écouter le témoignage du directeur de la Cité de l’Océan de Biarritz qui, depuis 2011 et la rénovation de son centre d’interprétation, a entamé une politique dynamique dans le domaine des contenus immersifs et expériences multi-sensorielles. Après avoir lancé en 2015 un surf virtuel avec casques VR et vérins électro-dynamiques, proposé une plongée à 360 ° dans la grande barrière de corail et un film sur l’Arctique en cinéma 4D avec le vent et les embruns, la Cité de l’Océan présentait cet été le film de Neotopy sur les requins. À l’issue de cet enchaînement de nouveaux contenus, la Cité de l’Océan est passée de 55 000 visiteurs à 82 000 visiteurs en 2017 et estime pouvoir atteindre les 100 000 visiteurs à la fin 2018, sachant que les expériences VR sont incluses dans le prix de l’entrée.

 

Le réalisme des images 360 ° suscite également des vocations nouvelles débouchant parfois sur un modèle économique. C’est, en tout cas, la leçon qu’on pouvait retenir du projet « The Wild Immersion » qu’Adrien Moisson, son producteur, venait présenter à Pixii. En effet, grâce à l’argent de généreux donateurs, ce producteur a pu financer une équipe de tournage partie avec une caméra Insta 360 ° sous le bras pour filmer ce qu’il reste d’animaux sauvages en liberté dans le continent africain au plus près de leur vie quotidienne. En tout, 200 espèces ont ainsi été filmées par la caméra 360 ° de Brain Works, principalement en Tanzanie. Le résultat est assez bluffant, car dans cette série de 3 x 10’ les animaux sont vraiment filmés de près dans toute leur spontanéité. D’ailleurs, sur Pixii, de nombreux visiteurs, jeunes ou moins jeunes, ne manquèrent pas d’être émus par cette proximité avec des animaux sauvages que l’on voit habituellement derrière une cage ou un enclos. Un projet qui a du sens donc et devrait déboucher sur une ambition à l’échelle de la planète, « créer la première réserve virtuelle d’animaux sauvages », à présenter dans les écoles du monde entier.

 

Pixii comptait également des démonstrations de vidéos immersives innovantes qui augmentent la réalité comme celles produites par le studio Skyboy à l’aide de sa technologie Overlap Reality. Le procédé de Skyboy géolocalise les vidéos 360 ° dans l’espace 3D du lieu de tournage, de sorte que, in situ, il est possible de naviguer dans une vidéo 360 ° en tournant simplement sa tablette ou son smartphone grâce à la fonction gyroscope. Vincent Bordes, l’un des fondateurs de Skyboy, présentait à Pixii un tel dispositif réalisé pour le Centre des monuments nationaux et dont l’objectif est de faire partager l’intimité de Georges Clemenceau au cœur même de sa maison de Saint-Vincent-sur-Jard où il vécut les dernières années de sa vie. Après une capture vidéo et une postproduction tout à fait classique, Skyboy géolocalise les éléments du film dans l’espace du tournage et intègre les vidéos 360 ° ainsi spatialisées dans une application mobile native. L’overlap reality peut aussi être intégrée dans le compagnon de visite d’un monument ou musée via une API ou dans un site web mobile. Pour les quatre scénettes filmées en overlay reality de la vie quotidienne de Georges Clemenceau, le budget est d’environ 80 000 euros, incluant l’intégration à l’application mobile.

 

Mariage de la réalité augmentée et de la gamification

Dans le registre de la réalité augmentée, telle qu’on la connaît habituellement, 44 Screens, rebaptisé depuis peu Ohrizon, est aussi un studio innovant en matière d’association entre augmentation de la réalité et gamification. Sur Pixii, cette agence basée en France, Espagne et Canada montrait plusieurs compagnons de visite intégrés sous forme d’applications mobiles faisant la part belle à la réalité augmentée. Pour le Musée des vallées cévenoles, Maison Rouge, à Saint-Jean-du-Gard, Ohrizon a utilisé la réalité augmentée dans le cadre d’un parcours spécifique pour les enfants. Idem en Touraine où le studio a utilisé la réalité augmentée au sein d’une appli mobile de visite le long de la voie verte (piste cyclable entre Chinon et Richelieu), indispensable pour dénicher les géants imaginaires Gargantua et Pantagruel des récits de François Rabelais. Dernier projet en date de ce studio très prolixe, une application de visite baptisée « Napoléon, le Grand Paris » qui propose, à l’échelle de l’Ile-de-France, de suivre les traces de « Napoléon et du Premier Empire ». Cent lieux ont ainsi été géolocalisés et augmentés pour 10 % d’entre eux, tandis que l’application de visite propose également un algorithme de voyage grâce auquel chaque utilisateur peut personnaliser son séjour suivant des critères liés à son profil, ses contraintes de visite et aux caractéristiques des sites touristiques visités.

 

Montréal en histoire : le mapping permanent à l’échelle d’une ville

En matière de dispositifs numériques utilisant les médias audiovisuels à l’échelle d’un territoire, « Montréal en histoire » était sans aucun doute la star de cette deuxième édition de Pixii, tant ce projet mérite tous les superlatifs. « Montréal en histoire » est parti d’une volonté politique énoncée dès le tournant des années 2000, consistant à positionner le Vieux-Montréal à l’avant-garde du tourisme culturel.

 

Vingt ans plus tard, « Montréal en histoire » c’est plus de deux ans d’existence et déjà quelques chiffres impressionnants : une succession de 25 tableaux en vidéo-mapping à la fois historiques et artistiques qui durent chacun 8 minutes et se déclenchent toute l’année à partir du moment où vous passez à proximité de l’un d’eux, une application mobile en complément à l’échelle du Vieux Montréal qui compte pas moins de 78 points d’intérêt, 29 réalités augmentées, quatre bornes de réalité virtuelle et enfin une plate-forme éducative avec des contenus pédagogiques du type capsules YouTube.

 

Le succès public est aussi à la hauteur des ambitions, puisque l’application mobile « Montréal en Histoire » a été téléchargée 200 000 fois ! Ce plus grand parcours de projections extérieures au monde a fait venir plus de deux millions de visiteurs dans le Vieux Montréal. Enfin, le budget lui-même est hors norme, du fait notamment que les équipements doivent fonctionner toute l’année. La Ville de Montréal et ses partenaires de la province du Québec ont réuni sur cinq ans un budget de 20 millions des dollars canadiens. Aujourd’hui, ce succès attise les convoitises de grandes villes dans le monde comme Chicago, Shangaï et même Paris qui aimeraient bien décliner à leur manière un projet ayant cette même ambition. En guise d’illustration, dans l’enceinte de Pixii, le public pouvait voir un morceau de « Montréal en histoire », avec « La Rivière interactive », un vidéo-mapping interactif qui s’étale en temps normal tout au long d’une rue étroite du Vieux Montréal et qui, à La Rochelle, se déployait sur une dizaine de mètres. Effet immersif et onirique garanti...

 

 

Mettre en scène les archives différemment

La valorisation des archives audiovisuelles sont un des cœurs du Sunny Side of The Doc. Toutefois, pour mettre en scène ces archives au sein d’un musée, il existe aujourd’hui bien des manières de le faire.

 

L’Ina en a inauguré une lors de Pixii en montrant une courte reconstitution en hologramme du procès de Nelson Mandela. Lors des Rencontres du Tourisme 3.0 (voir plus loin) elle fit également un tour d’horizon des différents sites web mobiles qu’elle a pu mettre en place récemment pour des collectivités locales en Normandie ou en Vendée sur la base de la valorisation des archives audiovisuelles.

 

Enfin, dans une veine proche, une version beta du projet « Replay Memories », porté par le producteur de documentaires Camera Lucida en partenariat avec l’Ina, était présentée sur Pixii. « Replay Memories » propose une expérience dans laquelle le public est immergé dans une galerie graphique en trois dimensions montrant une sélection de vidéos relatives à un événement planétaire marquant dont on peut trouver des vidéos sur le web. Ainsi immergé dans cette « bulle » de reportages d’archives, le public crée sa propre reconstitution historique grâce aux manettes du masque VR HTC Vive. Pour les deux réalisateurs Gordon et Andrés Jarach, il s’agit de provoquer chez le public qui n’a pas vécu ces événements une sensation d’enfermement dans une bulle d’images qui lui permet de vivre une expérience d’immersion dans l’événement historique. Le premier événement proposé par « Replay Memories » sont les attentats de New York en 2001...

 

De son côté, le studio Narrative montrait une nouvelle évolution de ses immersions sonores en son binaural. Aujourd’hui, le studio porte un projet en cours accessible via le site web www.paris-ici.fr. Ce site web a pour but d’immerger le public dans la vie quotidienne des familles juives de Paris ayant subi les rafles de la Seconde Guerre mondiale. Ce dispositif numérique donne à voir, de manière synchronisée avec les témoignages sonores d’experts, quelques documents d’époque comme des photos ou des papiers d’identité. Si le projet n’est pas encore totalement finalisé, on pouvait d’ores et déjà constater que la sensation d’immersion sonore introduite par le mixage en son binaural permet un processus d’identification particulièrement profond.

 

 

La gamification au cœur du transmédia

Depuis janvier 2018, le studio spécialisé dans le transmédia, Petit Homme, a lancé un serious game sur la Résistance qui vise à faire entrer le public dans la « peau » d’un résistant, durant la Seconde Guerre mondiale, qui doit accomplir des missions géolocalisées et augmentées suivant l’endroit où l’on se trouve, un peu à la manière de Pockemon Go. Le processus de gamification, du type ARG, permet à chaque joueur d’investir son environnement quotidien grâce à une géolocalisation automatique des indices et dangers dans un périmètre donné autour de lui. Ainsi, les concepteurs du jeu souhaitent mieux faire comprendre aux jeunes générations comment la Résistance pourrait entrer dans leur environnement quotidien si elle s’imposait à nouveau à nous aujourd’hui. D’ailleurs, pour renforcer le processus d’identification, les joueurs doivent écouter de manière quotidienne les messages de la radio « Ici, Londres : les Français parlent aux Français… » afin de trouver des indices au cours de leur mission. Ce jeu mobile a, depuis son lancement à la mi-janvier 2018, connu un joli succès avec 10 000 comptes déjà ouverts et 5 000 missions accomplies.

 

 

Premières Rencontres du tourisme 3.0

À l’heure du web, des applications mobiles du video-mappping... le tourisme, comme la culture, connaissent des transformations profondes et deviennent résolument numériques. Les touristes se montrent notamment toujours plus demandeurs de contenus audiovisuels. C’est pourquoi les organisateurs du Sunny Side of The Doc, déjà à l’origine de la création de Pixii, ont inauguré cette année un nouveau rendez-vous baptisé « Les Rencontres du tourisme 3.0 ». Pour ce faire, le Sunny Side of The Doc avait noué un partenariat avec la Communauté d’agglomérations de La Rochelle, La Rochelle Tourisme & Événements en collaboration avec le SPN, Digital Bay, Digital Aquitaine.

Ces Premières Rencontres avaient entre autres pour but de servir de point de convergence entre les décideurs locaux et territoriaux du tourisme et les entreprises qui proposent des solutions innovantes en matière de valorisation des lieux touristiques et patrimoniaux. Les échanges entre des professionnels du numérique comme Vincent Roirand, fondateur de l’agence Mazedia ou Marc Randoll, directeur exécutif de « Montréal en histoire » et les élus et décideurs locaux présents furent d’une grande richesse et laissent augurer d’autres rencontres de ce type, avec la perspective d’éclairer les problématiques réciproques des donneurs d’ordres publics et de leurs prestataires techniques.

 

 

* Article paru pour la première fois dans Sonovision #12, p.46/50. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder, à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.

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